La jeune Azur, un personnage, une histoire, un univers.

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La jeune Azur, un personnage, une histoire, un univers.

Message  Sighia le Mar 5 Fév - 20:19

Le soleil vient de se coucher mais il fait encore jour. Dans le ciel, Mars éblouissante de lumière est si proche qu’on croirait pouvoir la toucher. Je m’arrête pour la contempler un instant puis je reprends ma marche. Oméon doit m’attendre et il n’est pas bon de faire attendre un immortel. Je sens sa présence, son aura m’enveloppe et j’entends sa voix dans mon esprit :
- Presse-toi mon élève, file comme le vent, les choses de la nuit vont sortir de leur trou et tu n’es pas encore de taille à les affronter.
Je suis son conseil, je prends de la vitesse, la végétation me fouette le visage. Je cours vite maintenant, plus vite que n’importe quelle créature sur cette terre. Je sens l’énergie tout autour de moi et je puise mes forces dedans. Déjà les sous-bois s’animent, les choses de la nuit sortent de leurs tanières et pour elles peut-être je ne serais pas assez rapide. Je sais qu’elles ont senti ma présence et je sais qu’elles vont se mettre en chasse. Soudain, je m’arrête, devant moi s’étendent les eaux fétides qui abritent la demeure de mon maître. J’entends leurs courses frénétiques dans les sous-bois, leurs souffles bruyants, les arbres s’effondrent à leurs passages. Je bondis. J’atterris quelque quinze mètres plus loin, sur un îlot boueux couvert de joncs. Je me retourne mais comme les autres soirs je ne vois d’eux que la prunelle enflammée de leurs yeux qui me fixent comme pour inscrire dans leurs mémoires le souvenir de ce visage qui les nargue. Je vais encore faire un cauchemar ce soir. Je reprends ma route, sautant d’îlot en îlot pour finalement arriver chez Oméon. Je passe dans la cabane, ouvre la trappe et descends les marches. Il m’attend, souriant, je sais qu’il a suivi ma course :
- Pas mal, mais un jour ils te rattraperont, tu devrais être plus vigilante.
Sa voix m’apaise. Je tombe sur le sol, les bras en croix, le souffle court.
- Je vois qu’il y a un effort sur l’endurance, on travaillera cela demain.
A sa façon de le dire, je sais que je vais souffrir demain, mais demain est un autre jour. Je ne peux m’empêcher de lui poser cette question qui me brûle les lèvres :
- A quoi ressemblent-ils ? A quoi ressemblent les choses de la nuit ?
Mais je connais déjà sa réponse.
- Des yeux dans la nuit et rien de plus.

J’attends Oméon. Je suis dans la salle souterraine où mon maître a fait installer son portail transunivers. Comme le silence parfois peut-être pesant ! Je fixe l’imposante machinerie, elle est tellement déplacée si loin du monde. Il n’y a qu’elle et le frigo pour me rappeler qu’ailleurs, il y a un autre univers. Un monde pour les gens normaux, avec des voitures, des lits et de l’eau courante.
- C’est un soupir que j’entends ? On s’ennuie de son vieux maître ?
La surprise me fait sursauter. Je ne l’ai même pas entendu arriver. Il sort de la porte de lumière, couvert de neige, le sourire aux lèvres. Il s’arrête un instant, secoue sa pelisse en peau de “monstre” qui le protège.
- Vous avez fait bon voyage maître ?
- Parfait, dommage que l’on n’ait pas le temps de profiter du paysage. Merci Talac !
J’entends la voix de l’intelligence artificielle qui lui répond !
- Je suis tout à votre servie Oméon.
Je ne sais pourquoi mais cela à l’air de beaucoup les amuser.
- Allons profiter du soleil, il me manque.
Nous sommes sortis, l’air est lourd et le ciel est couvert. Oméon ne peut s’empêcher de faire une moue désapprobatrice.
- Je vois ! On va arranger ça.
Je ne sais pas pourquoi mais quand il parle comme ça je ne peux m’empêcher de frissonner.
- Que la lumière soit !
Et la lumière fut. Un geste et les nuages nous fuient. Le soleil apparaît, superbe, terrifiant !
- C’est pas mieux comme ça ?
Il se couche sur le carré de gazon devant la porte de la cabane, mâchouille un brin d’herbe et marmonne quelque chose dans une langue que je ne comprends pas. Je ne sais pas si c’est le bon moment mais je me jette à l’eau.
- Dites-moi maître, vous qui avez beaucoup voyagé sur tous les mondes, j’aimerais tellement que vous me racontiez le monde.
Il me jette un coup d’œil, il ne s’attendait visiblement pas à la question.
- Hum ! Par où veux-tu que je commence ?
- Je ne sais pas maître, parlez de Nouvel Eden, c’est vraiment tel qu’on le raconte ?
- C’est même encore plus beau, c’est une terre de rêve qui ne mérite pas l’humanité. Savais-tu qu’il n’y a pas si longtemps la planète n’existait même pas ?
A ce moment j’aurais dû écouter mon instinct mais à la place :
- Vous voulez dire que cette histoire de dieu est réelle ?
- C’est un peu exagéré mais comme toutes les histoires il y a une part de réalité.
- Racontez-moi maître.
- Parfois tu me fais penser à un enfant. Mais tu as raison d’être avide de connaissances. Alors écoute ! C’était il y a longtemps, très longtemps. L’humanité mourrait promise à une lente et douloureuse agonie sur une planète où la vie n’était plus qu’un souvenir plein d’amertume. Qu’est-ce que tu as ? Tu ne me crois pas ? Tu crois que j’en fais trop ?! Je le lis sur ton visage, mais c’était tes ancêtres et j’ai vécu parmi eux. Pourquoi mourraient-ils te demandes-tu ? C’est une longue histoire. Je te la raconterais un autre jour si tu le veux bien. Donc il n’y avait plus d’espoir pour ces hommes et ces femmes. Oh, ils regrettaient leurs erreurs, ils maudissaient leurs ancêtres qui avaient été si négligents, ils imploraient le ciel et invoquaient l’être suprême dans leurs prières. Et puis un jour, il y eut un miracle. Un comme il n’en arrivera qu’une seule fois. Dieu, je veux dire le véritable dieu des humains existe peut être quand on pense à ce jour on ne peut s’emp… je vois que mes pensées existentielles te passionnent, ha jeunesse… En tout cas quelqu’un répondit à l’appel. Il traversa l’univers aussi rapidement que le peut la pensée. Il savait ce que réservait l’avenir aux siens depuis plusieurs années déjà pour l’avoir lu dans les lignes du temps et il avait utilisé ces années pour apprendre les secrets de l’univers. Par sa science et son pouvoir il déplaça Mars pour la placer sur la même orbite que la terre. Il transcenda les lois de la physique pour les plier à sa volonté et ainsi changer l’atmosphère de Vénus et de Jupiter pour les rendre habitables et finalement il créa Nouvel Eden à partir du néant pour le faire tel qu’il l’avait rêvé, et ses rêves étaient grands. Je t’assure qu’il n’y a rien de plus merveilleux qu’assister à la naissance d’un astre.
Il  s’arrêta un instant pensif, des étoiles plein les yeux.
- Et puis il offrit une technologie qui venait d’une autre galaxie à l’humanité pour lui permettre d’aller vers leur salut. De quoi passer des chemins que nous étions les seuls à emprunter. Il y eu des semaines de liesses et celui que nous appelions “le sauveur”  en profita pour s’éclipser. Il y a des cultes pour honorer “le sauveur”, pourtant ce n’était qu’un homme ou peut être un peu plus et il a commis une erreur. Nous en payons les conséquences en espérant que ce n’est pas l’univers entier qui paiera.
Sur ces paroles il ferma les yeux. Impossible de le réveiller, il est si étrange Oméon.

Une balle siffle sur ma droite …


Puis une deuxième, encore une sur ma gauche. Je ris, je suis trop rapide, il faudrait être un tireur d’exception pour toucher une cible qui va à plus de cent km/h, surtout dans cette jungle. Le réfrigérateur me gêne un peu, il est encombrant. La végétation me fouette le visage, j’ai mal mais c’est tout. Et puis soudain le vert de la forêt fait place au bleu : une rivière. Je rassemble mes forces, la puissance me brûle. Je bondis, haut, si haut, c’est étourdissant. Je dois me concentrer pour me rappeler que j’ai un frigo sur l’épaule et que surtout je ne dois pas l’abîmer. J’atterris dans le vert, les branches se brisent mais l’une d’elle résiste. Encore une fois la puissance agit pour éviter que mon dos ne se brise lui aussi. Je me rétablis avant de toucher le sol. Le frigo n’a rien. Je me retourne pour les voir ces petits guerriers que l’on dit si redoutables. Du sang sur mes mains, je les plonge dans l’eau trouble pour le faire disparaître. Puis je perçois le bruit des hélicoptères, décidément ils m’en veulent. J’y suis allé peut être un peu fort… Oh ! Et puis qu’est ce que ça peut faire ? Les balles recommencent à pleuvoir autour de moi, je reprends ma route. Je suis maintenant sur les terres d’Oméon, ils ne me suivront plus, ils n’oseront pas. Plus que vingt kilomètres et j’aurais droit à un peu de repos, peut être même que j’aurais droit à un bain chaud. Cette pensée me fait aller un peu plus vite. J’arrive chez mon maître. La fatigue me vrille le cœur mais je ne montre pas ma faiblesse sinon j’aurais droit à l’entraînement spécial endurance. Oméon me souris, ça c’est bon signe ! Il s’approche du réfrigérateur, son sourire se crispe. Il me fait signe d’approcher. Qu’est ce qu’il a bien pu… Je vois le trou, un gros calibre, pas si ridicule que ça ces soldats. Je crois que je me suis évanouie.

Je le rattrape…

Il sent la mort sur lui et pousse un cri de terreur. Il tente de m’échapper encore une fois en faisant une brusque embardée. Mais je le saisis et le tire. Son corps se brise dans un craquement atroce. Un dernier spasme, un soupir, c’est fini, la mort l’a rattrapé. Je jette l’animal sur mes épaules. Espérons qu’il sera mangeable.
Soudain je perçois une présence. Un homme, il est vibrant de haine pour moi. La puissance qui est en lui est sauvage, brûlante comme si elle n’avait jamais été domptée. Mais qui est-il cet ennemi que je ne connais pas ? Il surgit en grondant tel un fauve devant moi.
Tout en lui m’agresse et tout à sa fureur, il ne voit pas que je lis en lui comme dans un livre ouvert. Il me parle, quelle erreur ! Maintenant je sais tout de lui, de sa force. Je devine le pourquoi de cette puissance incontrôlée. Et alors qu’il me défie, je n’ai aucun doute quant au final de cet affrontement.
- Tu te rappelle de moi, chienne ? Bien sûr que non ! Des gens tu en assassines des dizaines par jour. Je m’appelle Roberto et je vais te tuer !
Il m’amuse, alors je joue un peu avec lui. Je prends mon meilleur air terrifié et je lui demande :
- Mais pourquoi me hais-tu ? Parle !
Il bombe le torse.
- Je vais te rafraîchir la mémoire. Il y a peu j’étais guérillero, un homme d’honneur et d’idéaux. Tu m’as laissé pour mort, simplement pour pouvoir t’emparer d’un réfrigérateur. Et maintenant tu vas emporter ce frigo avec toi en enfer !
Là, il l’étonne. Maintenant je me souviens de lui, il avait une cuisse de poulet à la bouche. Je ne l’avais pas reconnu, mais il faut mettre à ma décharge qu’à l’époque il n’était pas recouvert de plumes noires.
Décidant de ne pas humilier ce pauvre homme plus longtemps, je le frappe de ce rayon bleu qu’il est le seul à pouvoir voir. Mon illusion est parfaite, il se regarde les yeux agrandis par l’horreur, hurle un “non” délirant et s’enfuit à travers la jungle. Mon effet visuel lui a fait croire que je le transformais en poulet !

Si vous lisez ces lignes …

Vous vous demandez pourquoi on m’appelle Azur. En fait, c’est pour mon œil droit. Il est bleu, entièrement bleu. On dirait paraît-il, une pierre précieuse. Un saphir pour être plus précise. Pour moi cela ne change pas grand chose, à part bien sur, le regard des gens. Mais ici on ne rencontre pas grand monde.
Vous êtes certainement curieux, alors vous vous demandez comment cela m’est arrivé. Si vous me posiez la question je vous dirais que c’est ainsi, et puis qu’est ce que ça peut faire ? Vous me trouveriez désagréable, hargneuse et vous auriez peur de cette lueur sinistre dans mon œil droit. Vous fileriez sans demander votre reste.
Que voulez-vous, le souvenir n’est pas bon !

Je fixe la cime de l’arbre …

Le soleil, encore haut à cette heure, m’aveugle un peu mais je parviens à la distinguer. Oméon est assis dessus, jouant un air mélancolique sur sa guitare antédiluvienne. Elle me paraît si haute cette branche ! Vingt mètres, au bas mot, et pour l’atteindre il faut passer une mer verte presque compacte. Impossible ! Et pourtant je DOIS y arriver.
Oméon me l’a dit, si je ne parviens pas à l’atteindre avant la nuit il me faudra garder ce maudit gazon pendant toute une lune. J’en frissonne d’horreur.
Ma pensée se tend vers cette branche qui semble si loin et la puissance fait le reste. Un peu de force pour me frayer un chemin en passant. Je suis si prés ! Je tends le bras, désespérément. Mon saut n’est plus qu’une longue chute. Heureusement le soleil ne se couchera pas avant trois heures. Je m’écrase.

Je suis couverte de bleue …

La pluie du soir a volé la place au soleil. Combien de temps me reste-t-il ? Pas plus de quelques minutes, après il faudra courir pour échapper aux créatures de la nuit. Oméon a rangé sa guitare, puis il est parti. Mais je sais que de l’endroit où il est il m’observe.
Je puise dans mes dernières forces pour séduire la puissance qui me manque et je m’élance, la tentative de la dernière chance.
J’oublie la foret pour me concentrer sur la branche, l’unique branche au monde, la chose la plus importante de tout l’univers.
Encore une fois ma main se tend mais je sais que cette fois elle ne se refermera pas sur le vide. Quelques mètres, quelques centimètres, je l’ai !
Ma joie est telle que je reste accrochée à ce petit bout de bois qui, l’espace d’un instant, a été si important.
Une voie de nulle part me tire de mon euphorie.
- Qu’est ce que tu fais ? Tu attends d’être mure ? Dépêche-toi de rentrer.
Je me laisse tomber, mais ce coup ci ma réception est parfaite. Maintenant il faut courir, alors je m’élance à nouveau. Je suis rapidement à pleine vitesse et l’espoir d’être plus rapide que la nuit me pousse vers l’avant. Malheureusement, l’obscurité est en train de vaincre la lumière et je dois finalement me faire une raison. Jamais je n’arriverais à temps.
Il fait nuit. Les choses de la nuit me traquent, heureusement je suis presque arrivée. La lisière de la foret n’est qu’à quelques mètres. Le seul problème, c’est la chose énorme aux yeux brûlants de haine qui me barre la route. Poussée par mon instinct je bondis, ou plutôt je m’envole, laissant derrière l’ombre haineuse. Pendant un instant je crois que j’ai souris, avant de réaliser. Puis la boue m’a avalé, foutu marais.

Je fulmine...

…assise sur ce maudit gazon. Encore une fois me voilà à chasser insectes et herbes folles sur cinq mètres carrés d’horreurs végétales. C’est injuste !
Je n’ose pas penser ma colère, Omèon pourrait surprendre cette rébellion et je resterais là  des semaines. Libérant mon esprit du poids de la frustration, je dérive vers l’état de concentration qui me permettra d’affronter mon lot d’ennemis.
Armées d’insectes, tremblez !
Ma guerre commence, les vagues de magie pure déferlent de mon esprit pour repousser la horde de parasites. Comme d’habitude, une certaine forme de jubilation s’empare de moi. Mais je sais qu’elle sera de courte durée, après l’ennui me prendra à la gorge pour de longues heures.
Le temps passe, les minutes, les secondes s’égrènent toujours plus lentement.
Miracle ! Quelqu’un approche. Un homme, air sombre, mains dans les poches. Il n’y a rien d’hostile en lui mais son aura brûle intensément.
Il s’arête et me parle.
- Que fais-tu ?
- Je protège le gazon.
Ce qui n’a pas l’air de l’étonner. Après une pause il me demande :
- Il est là ?
La curiosité me ronge. L’ennemi sentant mon trouble se prépare à lancer une vaste offensive. Pour ne pas lui céder je lance aussitôt :
- Je protège le gazon.
Peut être à cause de ma voix un peu trop aiguë il n’insiste pas. Il passe derrière moi, en dehors de mon champ de vision.
C’en est trop ! La curiosité monte comme une lame de fond. Cette fois je dois sacrifier ma perception de l’environnement pour garder une concentration suffisante.
Je ne sais combien de temps je suis restée ainsi, mais lorsque je repris conscience il faisait nuit. Il fait encore nuit. Je déteste le gazon !

L’aurore a remplacé l’obscurité…

Et je suis encore au milieu du gazon. Le soleil est déjà très chaud, tout à l’heure se sera bien pire.
Une bourrasque balaye la horde. Soudain mon maître accompagné de l’étranger apparaissent dans mon champ de vision, son air est extrêmement grave, préoccupé même.
- Azur, il va falloir défendre ta vie.
Consternation !
- Dios veut ta place. Deux solutions, il t’attaque au pire moment ou vous vous battez en duel et je sers d’arbitre. Tu peux renoncer mais je sais que tu ne le feras pas.
Ca a le mérite d’être clair. Mon expression doit être comique car Dios, puisque c’est ainsi qu’il s’appelle, a le sourire mauvais. Le choc passé, je prends le temps de le regarder : deux mètres de muscles, bronzé par une vie sous le soleil, dans son regard une détermination sans défaut. Mais le plus remarquable ce sont ses mains, tout d’abord je vois le sang dont elles sont couvertes puis je réalise que c’est autre chose : une apparence du destin. Le tout me fait frémir.
- J’accepte le défi !
Voilà, tout est dit.

L’affrontement est imminent

La foret se tait. L’air est lourd de menaces
D’un geste théâtral Oméon fait surgir de la base de la terre ce qui sera notre surface de combat. Sa pierre est noire et lisse. En la regardant je l’imagine autel sacrificiel et je réalise que ce sera peut être moi qui jouera le rôle de l’agneau immolé.
De l’autre coté, en face de moi, il y a Dios. Nos regards se croisent et le combat commence, un duel terrible fait de volonté et de puissance.
Alors qu’il baisse les yeux, vaincu, il siffle :
- Je vais t’écraser petite femme.
Il module sa voix et sa haine de moi me submerge. La peur s’empare de tout mon être pour ne plus me lâcher, elle sera mon moteur jusqu’à la victoire.

A la vitesse de la pensée…

Plus rapide que la lumière, je dépasse les prodiges que tisse la puissance. Les fleuves de pouvoir et les cascades d’énergies se succèdent par millions. Me perdant dans toute cette beauté j’oublie ce pour quoi je suis là et je ne peux m’empêcher de jouer dans l’onde merveilleuse.
Mais soudain mon cœur se serre. Il me prévient d’un danger, quelque chose de mortel. Je le vois. Une entité des ténèbres, son sillage est d’obscurité et son visage n’est qu’avidité, envie.
Instantanément, il est sur moi dans une explosion de lumière et nos deux ego se mélangent pour un combat à mort. Dans ce chaos j’oublie toute raison pour ne penser qu’à une seule chose, survivre.
Une fraction de seconde plus tard, c’est déjà terminé. L’horreur se disperse dans l’oubli du néant. D’elle il ne reste que le peu d’énergie que j’ai réussi à lui arracher. Je me dépêche de l’assimiler avant qu’elle ne disparaisse aussi, cela me sera utile. Je reprends ma route.

Confessions d’un vieux fou

On m’appelle Oméon et j’ai huit cent cinquante ans. J’ai conquis l’immortalité après avoir vaincu dix adversaires toujours plus forts. J’ai bu à la coupe que certains appellent le calice d’Héracles et d’autres le Graal, il m’a donné la puissance des dieux et la vie éternelle. J’ai défié Toachân et pris sa place de gardienne alors que s’effondrait l’empire Inca, détruit par l’avidité de mes conquistadors.
A vingt six reprises un jeune immortel s’est présenté pour tenter de m’arracher la vie et le trésor que je garde. Mais toujours je les ai tué par le feu, l’eau et la puissance des éléments déchaînés.
J’ai vu des horreurs qui vous feraient mourir de peur et je connais mille secrets qui vous rendraient fou de cupidité. J’ai aimé seize femmes d’amour et je les ai toutes pleuré mais aucune ne m’a donné d’enfants.
Alors la lassitude s’est emparé de mon âme et le désire de vivre ou de me battre me quitte peu à peu.
Le destin m’a fait rencontrer cette enfant à peine femme. Je l’ai arraché aux flammes, à la mort, à l’esclavage. Elle a la puissance. Je lui apprendrais tout ce que je sais, les secrets de sa nature, de sa force, le pouvoir des courants et les chemins qu’il faut connaître pour être immortel.
Elle sera meilleure que moi et je pourrais renaître. Elle me vaincra par le feu et la puissance.

Mauvais souvenir

Je suis encerclée par les flammes. Elles me semblent dotées d’une volonté maligne, me laissant l’espoir d’un passage pour me brûler plus cruellement encore. Je ne suis plus qu’un animal affolé qui court pour échapper à la mort. Déjà les charognards se rassemblent au dessus de moi projetant l’ombre de leurs immenses ailes sur l’incendie, ils crachent de longs jets de flammes pour précipiter ma mort. Quant à moi le souffle me manque et trahie par mon corps je tombe sur le sol en suffocant, résignée à rejoindre ma famille.
Alors que les flammes m’enveloppent de leurs étreintes mortelles, alors que la douleur dépasse la raison, je ressens l’explosion d’énergie ou plutôt une vague de puissance qui éteint la souffrance, bien au delà du simple plaisir physique. Quelque chose qui rapproche de la divinité.
Et les rapaces me répondent par un long cri strident, presque un rire humain, une parodie de joie obscène. L’un d’eux me tombe dessus et je vois ses yeux qui n’ont rien d’animal.
Je me réveille en sueur, le corps secoué par un hoquet de terreur.

Voyage, voyage

Je me coule dans la lumière et une voix de nulle part me lance un “bon voyage” chaleureux. Aussitôt je suis saisie par une vague de sensations étranges. Légèrement étourdie, je m’arrête pour prendre le temps de regarder autour de moi et de m’adapter à la nouvelle apesanteur. Tout ceci m’enchante et m’agresse : les bruits, les odeurs, la foule des gens si pressés, le sourire des enfants.
Un agent rendu inquiet par ma stupeur demande si je vais bien. Je lui souris. Quelques minutes et quelques formalités plus tard je sors de la gare transunivers. Je hèle un taxi.
- Où allez-vous ma petite dame ?
Je lui réponds.
- A l’aventure !

Une traque terrifiante

Je me jette dans la foule comme une désespérée. Les gens me regardent. Que voient-ils en moi, une folle ? Ne pas marcher trop vite où il me repérera, rester calme surtout, mais comment ? J’ai si peur que la raison ne m’est plus rien. Il ne reste de moi que cet instinct qui me pousse à fuir. Je jette un regard épouvanté derrière moi et ce faisant je bouscule une pauvre femme. Ma main est plus rapide que sa chute mais je ne peux contrôler ma force et ses côtes se brisent comme des allumettes. Elle finit sa vie dans un soupir tout contre moi. Les gens n’ont pas compris mais cela ne serait tarder.
Et puis je le vois, sa silhouette décharnée étend une ombre démesurée, tout en lui me glace. Je me sens soudain si petite, si vulnérable. J’entends la voix du prédateur qui me parvient malgré les cris d’horreurs.
- Tu ne peux m’échapper petite chose.
L’idée de finir entre les mains d’un vautour, le corps sans vie de cette femme que j’étreins, la peur insoutenable : tout cela achève ma santé mentale. Je hurle et les gens s’effondrent les tympans en sang. Je saute le parapet et le vide de cents étages me paraît une alternative bien meilleure à une vie de servitude. Comme pour me réconforter je sers le corps qui n’a plus rien d’humain et puis je saute vers la mort.

Au seigneur Aube de Santangelo

Rapport de votre dévoué serviteur, Désperidés de la compagnie Hadès.

Tout d’abord recevez, seigneur, mes salutations respectueuses et le renouvellement de mon entière allégeance.
Ce document vous racontera les évènements qui ont conduit à la capture du sujet AC3515.
Suite aux rapports  XV8513, XV8514 et XV8515 des agents Montfort et Valarïs je repérais la suspecte au sortir de l’adresse citée. Au vu des circonstances je pris la liberté de suivre le plus discrètement possible ma proie, espérant, pourquoi pas, qu’elle me conduise à des amis intéressants. Je sais que mon rôle n’est pas d’enquêter, c’est pourquoi je vous présente mes excuses pour cet excès de zèle.
J’imagine que je jouais de malchance, toujours est-il que je me rendis compte que j’avais été repéré à son pas précipité.
J’attendais une situation propice pour fondre sur elle mais elle paniqua au milieu de la foule tuant une passante et se jetant dans le vide. Résolu de ne pas la laisser s’échapper aussi facilement je me jetais à sa suite. Ce n’est qu’en usant de mes pouvoirs que je l’interceptais d’extrême justesse. Je crois que je l’ai arraché à la mort.
Par mes manquements je mérite vos reproches et je saurais accepter la sanction que vous jugerez bon de m’infliger.
Votre humble serviteur.

C’est en hurlant…

… que je me suis arrachée à l’horreur de ce cauchemar.
Tout de suite après j’ai réalisé que ce n’était pas qu’un mauvais rêve et je me suis effondrée en sanglots. Longtemps après, n’ayant plus de larmes à verser, je me suis vaguement intéressée à la situation.
J’étais dans une pièce spacieuse, vide à en pleurer, froide à en mourir. Il y avait cette porte et un sac à dos posé à même le sol, c’est tout. Après des heures à les scruter j’ai attrapé le sac et je l’ai ouvert. Il y avait quelques provisions, une combinaison marquée du numéro AC3515, un couteau de belle taille et puis une plaque de métal noir sans la moindre inscription.
Je me suis avancée prudemment vers la porte, elle s’est ouverte. Un air lourd de chaleur chargé de relents de mort a submergé la pièce me repoussant vers le mur du fond. Mais elle ne s’est pas refermée, elle est restée béante sur l’enfer, Sabbaeus la cité de sang et d’onyx.

Et je suis partie…

Cela fait plusieurs heures que je me glisse dans les rues sanglantes de Sbbaeus. De vivant je n’ai guère croisé que quelques plantes rachitiques, pourtant il doit y avoir des hommes car leurs os s’entassent en piles macabres à tous les coins de rues.
Pour avoir une vision d’ensemble de la cité je décide de monter au sommet d’un gratte-ciel avant que le nuit ne tombe.
Le soleil se cache derrière les hautes murailles jetant une lumière rouge vive sur les rues déjà ensanglantées. Les immeubles acérés et leurs grandes façades noires forment une immense armada qui s’étend à perte de vue sur une mer écarlate.
Même les immeubles semblent suppliciés dans ce paysage de cauchemar, déchirés qu’ils sont par de longues épines d’acier. Pourtant, d’où je suis, je vois des lumières en grand nombre qui témoignent de la présence d’êtres humains.
Je me demande ce que l’on devient dans un endroit pareil.
Et puis je la vois, une ombre encore petite qui se déplace le long des façades avec une rapidité et une agilité surprenante. Elle s’aide de ces mêmes pointes assassines qui torturent la ville. Il semble que ce soit moi qui l’intéresse, j’opte pour une retraite prudente.

Le soleil s’est depuis longtemps couché…

… alors que je marche vacillante dans la nuit absolue de Sabbaeus, poussée jusqu’à l’épuisement par la certitude d’être observée. Je continue de me perdre toujours loin dans ces ténèbres qui me semblent sans fin jusqu’à ce que, doutant même que j’allais quelque part, je m’arrête.
Pas la plus petite lueur pour éclairer mon désespoir. Au loin, le grondement d’un fauve résonne, tellement déplacé dans cette désolation.
J’essaie de pleurer mais je n’y arrive pas, je n’ai plus de larme à verser. Perdue dans mon néant je suis si surprise que la lumière qui déchire soudainement l’obscurité me laisse sans réaction. Et pourtant…
L’homme qui tient cette lueur d’espoir n’a rien d’ordinaire : silhouette athlétique, torse musculeux, un visage parfait percé de deux gouffres d’absolue noirceur.
Sa voix tonne dans le silence étouffant.
- On m’appelle Hollander des ténèbres. Qui es-tu ?
Je gémis une réponse.
- Je suis Azur de la Terre. Je suis complètement perdue.
- Suis moi Azur, l’endroit est dangereux et surtout pas un bruit.
Sa présence illumine la nuit comme un brasier d’obscurité et sans poser plus de questions je m’élance à sa suite.
De ma course trébuchante je ne retiens rien mais je n’oublierais jamais la première fois où j’ai vu les lumières d’Ebaxhéus.


Dernière édition par Sighia le Jeu 15 Déc - 19:39, édité 2 fois


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Re: La jeune Azur, un personnage, une histoire, un univers.

Message  Sighia le Ven 3 Jan - 0:28

L'univers de Légende des Mythes Futurs

Les personnages vivent dans un monde en mutation, à la fois très proche et très différent de celui que nous connaissons. Le soleil est toujours semblable à lui-même mais les planètes qui tournent autour ont changé. Elles ont subi de nombreuses métamorphoses pour leur permettre d’abriter l’humanité. Le commun des mortels vit dans un  monde qui ressemble au nôtre. Il n’y a pas de progrès technologiques pour lui à part ceux apportés par le sauveur, les maisons, les voitures sont les mêmes, les magasins vendent les mêmes articles que nous pourrions y trouver de nos jours. Pourtant la génétique, la cybernétique, l’informatique et les techniques spatiales ont connu des changements révolutionnaires, mais aucunes de ces technologies ne sont pour l’homme de la rue. Elles sont réservées aux gouvernements ou à une minorité de privilégiés. Ces altérations de la réalité ont eu une importante conséquence tout à fait inattendue. Quelque part, dans une autre réalité, des planètes désormais semblables à celles de notre univers gravitent autour d’un soleil qui ressemble au notre. Ces deux réalités sont entrées en phase et elles se rapprochent insensiblement mais sûrement l’une de l’autre. Ce qu’il se passera quand elles ne seront plus qu’une ? Certains ont prédit la fin de l’univers. Alors par allégeance à cette fin, des puissances dans l’ombre ont juré la perte de l’humanité. Les chiens de guerre vassaux de la mort et de l’entropie attendent dans les ténèbres l’heure de l’affrontement final.


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